Jacques Maréchal, prêtre

Ils vont leur chemin, Seigneur, ces garçons et filles,
ces hommes, ces femmes,
comme tes disciples vers Emmaüs.

Tu m’as mis sur leur route.
Donne-moi de les rejoindre comme tu m’as rejoint dans mon histoire,
respectant les méandres, les déviances de ma vie.

Apprends-moi non seulement à les voir, mais à les regarder.
Ces visages chiffonnés, lisses,
ou ceux dont le sourire dit le cœur.

Ces yeux vides, fuyants, ou ce regard pétillant d’étoiles.
Que le soir, je rendre à la maison,
lourd d’emporter avec moi tous ces visages.

Apprends-moi, Seigneur, à rejoindre ton désir
sur eux en embrassant toute l’étendue de leurs propres désirs.
À ne pas me figer sur ce qu’ils sont,
mais à me fixer sur ce qu’ils ne sont pas encore.

Comme toi avec tes deux disciples, donne-moi de les aider à
apprendre que l’essentiel est de goûter les choses intérieurement.

Apprends-moi envers eux, Seigneur,
l’infinie patience que tu nous portes.
À être l’agriculteur qui respecte leur terreau
et les délais de leurs moissons.

Quand il m’arrive de les voir comme des puits comblés et desséchés,
Aide-moi alors, Seigneur, à soulever pierre sur pierre
pour dévoiler ce qui était caché à leurs yeux.
À être le sourcier de l’eau vive qui dort en eux.
Que je puisse leur dire, comme toi si souvent : « Lève-toi et marche »
Que je puisse les inviter à incliner leur cœur
vers cet Autre qui les habite déjà.

(Prier, no 244, septembre 2002)