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Matinée festive à Niamey pour la journée mondiale de l’enfant africain

A l’occasion de la Journée mondiale de l’Enfant africain, le vendredi 16 juin dernier, le Quartier des mineurs de la Maison d’arrêt de Niamey a connu une effervescence rare et festive pendant une matinée bien animée. Grandir Dignement vous en fait le récit.

Comme tous les ans, le 16 juin marque le jour de la commémoration du massacre de Soweto (Afrique du Sud). A cette date en 1976, des centaines d’enfants ont été tués par le pouvoir de l’apartheid lors d’une marche pour leurs droits. En 2017 au Niger, Grandir Dignement commémore cette journée et met en avant la jeunesse, et plus spécifiquement, la jeunesse en détention. Voici le récit de cette matinée conviviale :

A l’intérieur de la cour du Quartier des mineurs de la Maison d’arrêt de Niamey, entre 9h30 et 10h00, le public s’installe sur des chaises installées face à une estrade sous un préau. Une trentaine de personnes s’est déplacée : des représentants du Ministère de la justice nigérien dont le Secrétaire Général Adjoint ; le Régisseur qui est le chef de l’établissement pénitentiaire ; des membres du personnel de l’UNICEF dont la Représentante au Niger ; un représentant de la Direction Régionale de la Protection de l’Enfance ; une représentante du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) ; des représentants de plusieurs ONGs œuvrant au Niger dans le domaine de l’aide à l’enfance ou pour l’amélioration des conditions carcérales.

L’installation est ponctuée par un discours de bienvenue du responsable national de Grandir Dignement au Niger et du Secrétaire Général Adjoint au Ministère de la justice nigérien.. Enfin, à 10h on entre dans le vif du sujet, les jeunes lancent cette matinée festive par des chants dans leurs langues : le zarma et le haoussa. Les scouts du Niger qui sont venus généreusement prêter main forte aux travailleurs de Grandir Dignement font monter l’ambiance, les jeunes tapant dans leurs mains au rythme de chants locaux de bienvenue. La température matinale culminant à 37°C ne suffit pas à les calmer, ils en redemandent avec le sourire ! Puis, encadré par Fiacre, l’intervenant « art & culture », un groupe de jeunes détenus propose un spectacle musical. Le public attentif observe les jeunes s’installer. Soudain le silence se fait, l’intervenant pose le cadre avec une poésie poignante. Et c’est au tour des jeunes, lesquels tour à tour s’avancent courageusement face au public et scandent des mots tirés de leur imagination d’ados pleins d’espoir dans l’avenir. Tout ceci est accompagné du claquement rythmé des mains de quatre-vingt jeunes codétenus. On croirait sentir les murs du Quartier trembler sous l’effet de l’émotion. Le public est conquis par cette prestation, en témoigne les applaudissements nourris et chaleureux.

Quelques minutes plus tard, fini l’art scénique et place à une activité des plus studieuses. Un concours de lecture se tient face à un public attentif et consciencieux… qui fait office de jury ! Six jeunes se prêtent à cet exercice périlleux, chacun à leur tour ils tirent aléatoirement un numéro qui renvoie à la page d’un manuel de français, puis tentent de lire aussi bien que possible son contenu. Comprenez le contexte, comme beaucoup des jeunes que Grandir Dignement accompagne, ces adolescents étaient en situation d’analphabétisme lors de leur arrivée en détention, ils n’avaient jamais connu l’école. L’activité d’alphabétisation, qui se tient deux fois par semaine au Quartier des mineurs, a permis à ces jeunes de faire de grands progrès… ce qui est démontré en direct lors de ce concours ! Les jeunes lisent impeccablement bien, seulement troublés quelques fois par un stress bien compréhensible. Finalement, le jury se concerte, fait son choix collégialement et secrètement… la tension est à son paroxysme chez les participants !

Il est temps de réduire la pression, rien de mieux qu’une performance théâtrale des jeunes scouts.  Leur scénette est l’occasion d’une belle sensibilisation sur les dangers de la drogue et l’addiction. Les jeunes détenus observent le sketch proposé, hésitant parfois entre le rire et l’extrême attention… Mais les scouts, jeunes comme leur public du jour, ont compris que l’humour est un bon moyen pour transmettre un message sérieux.

Après cette tranche de conscientisation et de mise à l’épreuve des zygomatiques, retour aux choses (très) sérieuses : le concours de dessin. Un court instant le Quartier des mineurs de la prison de Niamey se transforme en académie des Beaux-Arts. Plusieurs jeunes, ayant manié le crayon et le stylo durant la semaine, présentent leurs créations respectives. Ils exposent tour à tour des dessins tout à fait originaux : un magnifique pan, un lapin farceur, un majestueux éléphant, une carte du Niger aux couleurs du drapeau national, un walhan (une ardoise coranique) aux couleurs multiples, et enfin pour clôturer ce festival… un poisson bien dodu ! Le public en prend plein les yeux et remercie très chaleureusement les jeunes, autant pour leur imagination que pour leurs talents respectifs.

Il est déjà 11h30, la chaleur devient écrasante dans la cour du Quartier, les 40°C sont maintenant dépassés ! Mais le public n’en a cure, trop occupé à encourager et admirer les prestations. Subitement, on sent passer une onde de tension dans le public, celle-ci vient des jeunes… Quelque chose avance et rien ne peut l’arrêter : l’heure du verdict des concours est proche ! Les visages des jeunes se renfrognent, des regards cherchent un réconfort dans la foule… en vain. Le jury transmet ses conclusions au Maître de cérémonie, alea jacta est, ou de façon plus locale : komi ya kare (« tout est fini » en haoussa) ! Finalement 6 jeunes sont récompensés sur les deux compétitions, ils remportent de petits lots symboliques qu’ils portent toutefois à la façon d’un Zidane qui souleva jadis une coupe dorée.

Bien plus important, tous les jeunes ont ressenti une grande fierté à montrer leurs œuvres et leurs talents au public, à prouver qu’ils peuvent faire de belles choses si on leur en donne la possibilité. Ce fut donc une belle matinée empreinte de sourires et de partage …

A quand la prochaine ?!


Photo de groupe du public et des organisateurs de cette matinée. La prise de photos dans l’enceinte du Quartier des mineurs est formellement interdite.

 

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